Un Noël insolite…

Échos de la messe de Noël – Louveigné 2020

Cette année, le « joyeux Noël » résonnait différemment des années précédentes. Il nous a peut-être été difficile de lui donner du sens quand les règles sanitaires nous demandaient d’accueillir dans nos églises une quinzaine de participants. On a pu se poser la question : « Pourquoi moi et pas les autres ? »
A Louveigné, nous avons proposé de relier  les personnes présentes à toutes celles qui ne nous avaient pas rejoints, physiquement.
En participant à la messe de Noël, nous portions des membres de nos familles (enfants, petits-enfants, défunts de l’année, malades, …), les soignants dans les hôpitaux et les maisons de retraite…mais aussi des personnes, rencontrées lors de balades ou entendues au téléphone. Elles nous avaient partagé des tranches de leur vie parfois heureuses, parfois tristes, parfois lourdes … liées ou non à la crise. Et puis comment ne pas s’unir à la prière de tous ceux qui ont pris l’habitude de suivre les messes à la télévision?
L’assemblée prend déjà une autre dimension, un autre sens, n’est-ce pas ?

Alors, comme les bergers de l’évangile, nous pouvons être des annonceurs de la Bonne Nouvelle . En effet, à Noël, Jésus, l’Emmanuel, Le Prince de la Paix vient habiter parmi nous pour que, joyeux, nous soyons portés à agir, à construire un monde de paix, d’amour.
Des étoiles superbement décorées par Perrine, ont été distribuées dès l’entrée pour y inscrire une intention, un mot… Après la célébration, ces étoiles ont été collées dans la crèche extérieure. Si vous passez sur la place, arrêtez-vous.
Nous avons souhaité actualiser cette crèche en y déposant aussi le mot d’accueil, les intentions composées par des personnes qui ne s’étaient pas inscrites et le texte lu après la communion, de quoi partager notre vécu avec l’un ou l’autre passant attentif.
Merci d’avoir pu vivre ce moment sobre, mais chaleureux malgré les masques et la distanciation, riche de ce que chacun/e a apporté, a partagé, chacun selon son charisme, unis à tous ceux que nous portions dans nos cœurs. Tous ensemble, nous avons prié et souhaité ouvrir cette prière au plus grand nombre. (M.-P. L.)

Joyeux Noël à toute la création !
Paix dans vos cœurs !
Soyez artisans de paix dans vos familles !
Soyez signes de paix dans le monde !
Accueillez le seigneur dans la crèche de votre cœur !
Soyez pleins d’espérance et de confiance !
Soyez inondés de l’amour de Dieu !
Laissez-vous aimer !
(frère P. Verdin)

L’étincelle de Noël

Homélie pour la nuit de Noël

Noël, c’est d’abord un petit enfant…
Combien de parents ont été tristes ces derniers mois de ne pouvoir montrer leur nouveau né autrement que par visio-conférence… combien de grands parents ont été frustrés de ne connaître qu’à distance les progrès et les risettes de leurs petits enfants ?
Quand l’enfant paraît, il réjouit tout le cercle de famille.
Mais qu’est-ce qui fait l’attrait de ces petits d’hommes ?

N’est-ce pas leur besoin de tendresse ?

Vous avez entendu parler de ces expériences horribles, dans les anciens pays de l’Est, où l’on a essayé d’élever des enfants sans leur témoigner la moindre tendresse, en leur prodiguant uniquement les besoins « essentiels »… ils sont devenus de « monstres » parce que l’humain ne peut se passer de tendresse… Bourvil l’a si bien chanté !
Quand Dieu vient chez les hommes, il prend la forme d’un tout petit bébé.
Il vient pour nous donner toute la tendresse de Dieu, et il vient la donner à tout le monde.
Voyez les bergers : ils ont l’odeur de leurs brebis (ils sentent « mauvais »), ils sont avec leurs bêtes jour et nuit… donc jamais au Temple ni à la synagogue. C’est pourquoi les dignitaires juifs les considéraient comme des mécréants !
C’est pourtant à eux, les premiers, que le message de Noël est délivré :
« Gloire à Dieu dans les cieux, et paix sur terre aux hommes qu’il aime ! »

C’est peut-être pour ça que tant de gens sont séduits encore aujourd’hui par la fête de Noël.
Bien sûr, on parle plus de la magie de Noël que du mystère de l’incarnation ; on regrette davantage le souper du réveillon que la messe de Minuit !
Mais l’enfant de Noël attire tout le monde autour de son berceau… une mangeoire : pas étonnant que l’on pense à manger en ces jours !

Nous chrétiens, nous pouvons tomber sous le charme de la fête, mais nous ne pouvons pas oublier le cœur de cette fête, nous sommes appelés par les anges à en être les témoins aujourd’hui !
Dieu vient, il se fait l’un des nôtres. Il va grandir dans un corps comme le nôtre, se réjouir, mais souffrir aussi… et mourir tout comme nous.
Il vient pour le Peuple qui marche dans les ténèbres, et ces ténèbres sont variées : guerre et exil pour certains, maladie et angoisse pour d’autres… crise sanitaire, économique ou sociale : aujourd’hui comme hier et à toutes les époques, il y a l’embarras du choix !
Dieu vient nous communiquer l’étincelle de son Amour universel.
C’est minuscule une étincelle, mais ça peut donner une explosion ou un gigantesque incendie.
C’est minuscule une étincelle, mais quand elle vient à manquer, la chaudière ne tourne pas !
C’est cette étincelle que nous sommes invités à partager ce soir…
Nous sommes peu nombreux, peuple minuscule, mais avec la force de celui qui naît en nous cette nuit, nous pouvons embraser le monde entier !
Pensez à ces douze hommes il y a deux mille ans et au milliard de chrétien aujourd’hui …

Un coup de téléphone, une visite « papote-fenêtre », porter la communion à une personne malade ou isolée : tout geste qui manifestera notre amitié, notre fraternité répandra cette étincelle de l’Amour de Dieu.
Alors nous deviendrons vraiment ce « peuple ardent à faire le bien », appelé de tout ses vœux par l’apôtre Paul. Que l’étincelle de Noël nous fasse brûler pour notre bien et celui de tous !

Jean-Pierre Leroy

Apprends-nous à dire « Oui »

Homélie pour le 4e dimanche de l’Avent (B) *** 20 décembre 2020

Souvenez-vous, c’était en décembre 2011, il y a neuf ans… une tuerie sur la place Saint Lambert, le cœur de Liège entaché du sang de victimes innocentes. Pourtant, on était habitué, dans les journaux, de voir de telles exactions à Bagdad ou en Cisjordanie… mais ici, non ! C’était toujours ailleurs…
Souvenez-vous, c’était en décembre2019, il y a un an… un nouveau coronavirus bloquait la ville de Wuhan : une épidémie parmi tant d’autres… toujours loin de chez nous !
Cette décennie, décidément, nous a fait perdre bien des illusions, et surtout celle-ci : croire aue tout va bien chez nous, que c’est le reste du monde qui « foire » et que ça ne nous concerne pas !

La Parole de Dieu de ce dimanche peut nous apparaître à mille lieues de notre actualité… et pourtant…

Nathan, le prophète, s’adresse à David, le Roi : « Le Seigneur est avec toi… j’ai été avec toi partout où tu es allé… ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi »
Gabriel, l’archange, s’adresse à la jeune Marie : « je te salue, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi…tu as trouvé grâce auprès de Dieu. »
Enfin Paul écrit aux chrétiens de Rome et s’émerveille : « le mystère de Dieu (a été) porté à la connaissance de toutes les nations pour les amener à la foi »

La bonne Nouvelle de Noël, qui retentit déjà en ce quatrième dimanche de l’Avent, c’est bien la présence de Dieu à nos côtés… et pas seulement une présence « sympathique » d’un ami, mais un mystère tenu caché, depuis toujours dans le silence, manifesté par les prophètes… et qui a éclaté en Jésus Christ, le fils du Très-Haut. Dans tous les aléas de nos vies et de la vie du monde, Noël, c’est l’assurance d’une présence mystérieuse au milieu des hommes : celle de Dieu lui-même, comme aux côtés du roi David, comme aux côtés de Marie et de Paul, et de chacun.e de nous !

Ce mystère concerne le monde entier, j’ai presque envie de dire l’univers dans son ensemble, toute l’histoire de l’humanité : le fils du Très-Haut régnera pour toujours sur toutes les nations… mais il se traduit, il s’incarne, dans l’histoire d’une humble jeune fille promise à Joseph… Marie répond simplement « Oui » : elle ne cherche pas un avantage, un bénéfice à son privilège ; elle cherche seulement à savoir comment elle pourra contribuer à ce mystère. « Voici la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta Parole »

A l’heure où nous avons perdu nos illusions de sécurité face aux violences et aux maladies, Dieu lui, vient avec une assurance… non pas celle qu’il nous faut payer avec de l’argent, mais l’assurance de sa présence « le Seigneur soit avec vous »… cette formule retentit quatre fois lors de chaque eucharistie !
A cette assurance, nous sommes invités à répondre, comme Marie, c’est notre part du « contrat » : le « Oui » de notre foi. Certes, prononcer ce « Oui » ne nous affranchit pas des malheurs du monde d’ici-bas… ce serait trop facile ! Mais notre « Oui » à Dieu peut nous établir, nous enraciner même, dans la confiance et l’espérance qui traverse toute difficulté !

Ô Marie, apprends-nous à dire « Oui « au Seigneur, chaque jour de notre vie.

Jean-Pierre Leroy