L’étincelle de Noël

Homélie pour la nuit de Noël

Noël, c’est d’abord un petit enfant…
Combien de parents ont été tristes ces derniers mois de ne pouvoir montrer leur nouveau né autrement que par visio-conférence… combien de grands parents ont été frustrés de ne connaître qu’à distance les progrès et les risettes de leurs petits enfants ?
Quand l’enfant paraît, il réjouit tout le cercle de famille.
Mais qu’est-ce qui fait l’attrait de ces petits d’hommes ?

N’est-ce pas leur besoin de tendresse ?

Vous avez entendu parler de ces expériences horribles, dans les anciens pays de l’Est, où l’on a essayé d’élever des enfants sans leur témoigner la moindre tendresse, en leur prodiguant uniquement les besoins « essentiels »… ils sont devenus de « monstres » parce que l’humain ne peut se passer de tendresse… Bourvil l’a si bien chanté !
Quand Dieu vient chez les hommes, il prend la forme d’un tout petit bébé.
Il vient pour nous donner toute la tendresse de Dieu, et il vient la donner à tout le monde.
Voyez les bergers : ils ont l’odeur de leurs brebis (ils sentent « mauvais »), ils sont avec leurs bêtes jour et nuit… donc jamais au Temple ni à la synagogue. C’est pourquoi les dignitaires juifs les considéraient comme des mécréants !
C’est pourtant à eux, les premiers, que le message de Noël est délivré :
« Gloire à Dieu dans les cieux, et paix sur terre aux hommes qu’il aime ! »

C’est peut-être pour ça que tant de gens sont séduits encore aujourd’hui par la fête de Noël.
Bien sûr, on parle plus de la magie de Noël que du mystère de l’incarnation ; on regrette davantage le souper du réveillon que la messe de Minuit !
Mais l’enfant de Noël attire tout le monde autour de son berceau… une mangeoire : pas étonnant que l’on pense à manger en ces jours !

Nous chrétiens, nous pouvons tomber sous le charme de la fête, mais nous ne pouvons pas oublier le cœur de cette fête, nous sommes appelés par les anges à en être les témoins aujourd’hui !
Dieu vient, il se fait l’un des nôtres. Il va grandir dans un corps comme le nôtre, se réjouir, mais souffrir aussi… et mourir tout comme nous.
Il vient pour le Peuple qui marche dans les ténèbres, et ces ténèbres sont variées : guerre et exil pour certains, maladie et angoisse pour d’autres… crise sanitaire, économique ou sociale : aujourd’hui comme hier et à toutes les époques, il y a l’embarras du choix !
Dieu vient nous communiquer l’étincelle de son Amour universel.
C’est minuscule une étincelle, mais ça peut donner une explosion ou un gigantesque incendie.
C’est minuscule une étincelle, mais quand elle vient à manquer, la chaudière ne tourne pas !
C’est cette étincelle que nous sommes invités à partager ce soir…
Nous sommes peu nombreux, peuple minuscule, mais avec la force de celui qui naît en nous cette nuit, nous pouvons embraser le monde entier !
Pensez à ces douze hommes il y a deux mille ans et au milliard de chrétien aujourd’hui …

Un coup de téléphone, une visite « papote-fenêtre », porter la communion à une personne malade ou isolée : tout geste qui manifestera notre amitié, notre fraternité répandra cette étincelle de l’Amour de Dieu.
Alors nous deviendrons vraiment ce « peuple ardent à faire le bien », appelé de tout ses vœux par l’apôtre Paul. Que l’étincelle de Noël nous fasse brûler pour notre bien et celui de tous !

Jean-Pierre Leroy

Apprends-nous à dire « Oui »

Homélie pour le 4e dimanche de l’Avent (B) *** 20 décembre 2020

Souvenez-vous, c’était en décembre 2011, il y a neuf ans… une tuerie sur la place Saint Lambert, le cœur de Liège entaché du sang de victimes innocentes. Pourtant, on était habitué, dans les journaux, de voir de telles exactions à Bagdad ou en Cisjordanie… mais ici, non ! C’était toujours ailleurs…
Souvenez-vous, c’était en décembre2019, il y a un an… un nouveau coronavirus bloquait la ville de Wuhan : une épidémie parmi tant d’autres… toujours loin de chez nous !
Cette décennie, décidément, nous a fait perdre bien des illusions, et surtout celle-ci : croire aue tout va bien chez nous, que c’est le reste du monde qui « foire » et que ça ne nous concerne pas !

La Parole de Dieu de ce dimanche peut nous apparaître à mille lieues de notre actualité… et pourtant…

Nathan, le prophète, s’adresse à David, le Roi : « Le Seigneur est avec toi… j’ai été avec toi partout où tu es allé… ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi »
Gabriel, l’archange, s’adresse à la jeune Marie : « je te salue, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi…tu as trouvé grâce auprès de Dieu. »
Enfin Paul écrit aux chrétiens de Rome et s’émerveille : « le mystère de Dieu (a été) porté à la connaissance de toutes les nations pour les amener à la foi »

La bonne Nouvelle de Noël, qui retentit déjà en ce quatrième dimanche de l’Avent, c’est bien la présence de Dieu à nos côtés… et pas seulement une présence « sympathique » d’un ami, mais un mystère tenu caché, depuis toujours dans le silence, manifesté par les prophètes… et qui a éclaté en Jésus Christ, le fils du Très-Haut. Dans tous les aléas de nos vies et de la vie du monde, Noël, c’est l’assurance d’une présence mystérieuse au milieu des hommes : celle de Dieu lui-même, comme aux côtés du roi David, comme aux côtés de Marie et de Paul, et de chacun.e de nous !

Ce mystère concerne le monde entier, j’ai presque envie de dire l’univers dans son ensemble, toute l’histoire de l’humanité : le fils du Très-Haut régnera pour toujours sur toutes les nations… mais il se traduit, il s’incarne, dans l’histoire d’une humble jeune fille promise à Joseph… Marie répond simplement « Oui » : elle ne cherche pas un avantage, un bénéfice à son privilège ; elle cherche seulement à savoir comment elle pourra contribuer à ce mystère. « Voici la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta Parole »

A l’heure où nous avons perdu nos illusions de sécurité face aux violences et aux maladies, Dieu lui, vient avec une assurance… non pas celle qu’il nous faut payer avec de l’argent, mais l’assurance de sa présence « le Seigneur soit avec vous »… cette formule retentit quatre fois lors de chaque eucharistie !
A cette assurance, nous sommes invités à répondre, comme Marie, c’est notre part du « contrat » : le « Oui » de notre foi. Certes, prononcer ce « Oui » ne nous affranchit pas des malheurs du monde d’ici-bas… ce serait trop facile ! Mais notre « Oui » à Dieu peut nous établir, nous enraciner même, dans la confiance et l’espérance qui traverse toute difficulté !

Ô Marie, apprends-nous à dire « Oui « au Seigneur, chaque jour de notre vie.

Jean-Pierre Leroy

Je suis dans la joie… toujours

Homélie pour le 3e dimanche de l’Avent dans l’année B – 13 décembre 2020

Comment affirmer que l’on « est dans la joie » dans les circonstances présentes ?…
Certes, nous pouvons nous réunir enfin pour célébrer ensemble l’eucharistie… mais à quinze seulement…
La chute du nombre de cas de Covid 19, d’hospitalisations, entamée peu après les mesures de ce deuxième confinement, se tassent un peu et n’augurent pas encore de la libération tant attendue.
La crise économique qui résulte(ra) de cette crise sanitaire montre toujours plus ses ravages présents et à venir.

Pourtant, l’apôtre Paul insiste auprès des Thessaloniciens (cette lettre est probablement l’écrit le plus ancien du nouveau Testament) : « Soyez toujours dans la joie ! »
C’est que les périodes de troubles, d’inquiétude se sont succédé tout au long de notre histoire humaine. Isaïe, Paul, Jean Baptiste, en leur temps, et nous, aujourd’hui, en sommes témoins.
Chaque fois l’inconfort règne, de même l’angoisse survient, et les menaces pleuvent .
L’exhortation de Paul réside en trois propositions :
« Soyez toujours dans la joie », « Priez sans cesse », « Rendez grâce en toutes circonstances »

Mais comment ? Et pourquoi ?
Jean Baptiste nous répond peut-être quand il annonce à ceux qui sont venus l’interroger  : « au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. »
C’est bien la présence de Jésus au milieu de son peuple, au milieu de nous qui éveille notre joie ; c’est sa présence à nos côtés « tous les jours jusqu’à la fin des temps » qui nous réconforte dans les épreuves.
Parfois notre joie est comme anesthésiée par nos souffrances : Jésus vient la réveiller par sa présence.
Ce ne sont pas d’abord nos efforts qui la suscitent, mais bien le cadeau (la grâce) que Dieu nous fait.

C’est pourquoi l’apôtre nous invite à « rendre grâce en toutes circonstances ».
Et là, nous pouvons apporter notre contribution : pourquoi pas repérer chaque jour trois raisons de dire merci, que ce soit à d’autres, à nous même ou à Dieu ?
Ce petit exercice peut changer notre regard sur le monde et sur la crise que nous traversons… car il y aura une fin au bout du tunnel !

Enfin, prier sans cesse… demander de pouvoir accueillir l’Esprit reçu lors de notre baptême et de notre confirmation ; oser lui ouvrir vraiment notre cœur et notre vie.
C’est ce même Esprit qui est descendu sur Isaïe et l’a poussé à accomplir sa mission : annoncer la bonne Nouvelle, guérir, délivrer, libérer, proclamer une année de bienfaits.
Ce même Esprit a suscité Jean Baptiste et l’a envoyé baptiser dans l’eau tous ceux qui voulaient se convertir.
« Abaisser les montagnes de l’orgueil et combler les ravins de nos manquements. »
Ce même Esprit veut faire germer en nous les semences qu’il y a déposées : celles du Royaume de Dieu.

Oui, Noël que nous attendons : la fête, la joie, l’émotion devant la crèche…
Mais aussi Noël que nous redoutons : comment le fêter cette année ?
Noël n’est pas le point final de notre cheminement d’Avent… non.
Le but, l’horizon, c’est le renouveau de notre terre, de notre monde, de nous-mêmes.
Comme la terre fait « éclore son germe, Dieu veut faire éclore le germe de la Joie que l’Esprit a déposé en nous.
Donc, soyons dans la joie… toujours !

Jean-Pierre Leroy

Il vient !

Homélie pour le 2e dimanche de l’Avent B – 6 décembre 2020

La nuit dernière, beaucoup d’enfants ont préparé dans leur cœur et dans leur maison le chemin pour… Saint Nicolas ! J’espère qu’ils ont été sages et que le grand Saint ne les a pas oubliés.
Quel rapport avec l’Avent ? me direz vous. Et bien c’est l’attente active.

Nous attendons la venue du Seigneur, mais pour cela nous devons nous remuer : pas question d’attendre le retour du Seigneur dans la résignation et l’inaction.
Certes, il viendra comme un voleur, nous écrit Saint Pierre. Mais le même apôtre nous rappelle quels hommes (femmes) nous devons être : vivre dans la sainteté et la piété pour hâter l’avènement du Jour de Dieu. Ciel nouveau et terre nouvelle, mais pas sans nous !

L’évangile de Marc reprend les mots d’Isaïe, le grand prophète : « préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers ».
Les ravins, ceux de nos manques, doivent être comblés : pensons à nos manques de charité, de fraternité… aussi nos oublis de rencontrer Dieu dans la prière. Le temps de l’Avent, Jean Baptiste nous le rappelle, est un temps favorable pour rencontrer Dieu plus régulièrement, plus intensément. Mais aussi pour nous rapprocher des autres, même si les règles de confinement nous retiennent. C’est le moment d’être inventifs, innovants, pour rencontrer les autres, leur manifester notre présence, notre amitié… quand même !
Et les montagnes, celles de notre orgueil qui prend parfois la dimension d’un obstacle infranchissable… il s’agit de les abaisser. Pas seulement pour nous permettre d’avancer. Mais d’abord pour laisser la place au Seigneur qui vient.

Car c’est bien le « commencement de la Bonne Nouvelle (euaggelion) de Jésus, Christ, Fils de Dieu. Celui dont Jean Baptiste ne se sent pas digne de s’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales… Celui qui nous baptisera dans l’Esprit Saint.

L’Avent, ce n’est pas la préparation d’un réveillon, ni même d’une fête de famille (aussi importante soit-elle). L’avent, c’est l’attente active d’un avènement : celui du Christ, le fils de Dieu.
Et il compte sur nous pour être des petits Jean Baptiste qui interpellent, qui témoignent en abaissant les collines et en comblant les ravins qui nous séparent de Celui qui vient.

Nous allumons ce dimanche une deuxième bougie sur nos couronnes d’avent. N’est-ce pas celle de la patience de Dieu ? Nous chantons souvent à Noël « depuis plus de quatre mille ans… nous attendions cet heureux temps ». N’est-ce pas plutôt Dieu qui nous fredonne aujourd’hui : « depuis si longtemps je patiente, car je ne veux pas en laisser quelques uns se perdre, mais que tous parviennent à la conversion » ?

Alors levons-nous aujourd’hui, élevons la voix. Ne revendiquons pas pour nous, mais annonçons, par notre vie, par notre amour de Dieu et des autres, par la fraternité entre nous… « Voici votre Dieu ! Il vient ! »

Jean-Pierre Leroy