De l’esclavage à la liberté des Fils

Homélie du troisième dimanche de carême B

1. Sur les routes de l’Alliance, ce dimanche, allons à la rencontre de Moïse et des dix paroles.
Dieu a libéré son peuple de l’esclavage en Égypte. C’est lui le Seigneur, et il faut lui rendre ce qui lui revient : c’est l’objet des trois premiers commandements. Il ne veut pas que son peuple retombe dans l’esclavage ! C’est l’objet des sept autres commandements.
Contre l’esclavage de la haine et de la vengeance : l’interdit du meurtre…
Contre l’esclavage des instincts et pulsions sexuelles : l’interdit de l’adultère…
Contre l’esclavage du mensonge : l’interdit du faux témoignage…
Si les lois belges remplissent des bibliothèques, la loi de Dieu tient en dix paroles. C’est mnémotechnique, puisque nous avons dix doigts, et pas toujours un smartphone sous la main pour trouver la réponse à nos questions ! Mais ces dix paroles couvrent tout autant l’ensemble de notre vie. Car l’Alliance conclue avec Moïse veut assurer au peuple une vie belle, bonne, et heureuse sur cette terre. Cela peut nous sembler peu. Pourtant Dieu a choisi cette religion pour y faire grandir son fils Jésus !

2. Mais notre foi chrétienne nous invite à aller plus loin, à creuser plus profond que la vie sur cette terre ! La deuxième lecture et l’évangile nous centrent sur la personne de Jésus. Lui dira : « je ne suis pas venu abolir ou supprimer la loi de Moïse ; je suis venu pour l’accomplir, lui donner tout son sens ! »
Par contre, au Temple de Jérusalem, il balaye littéralement non seulement les tables des commerçants et des changeurs (les fameux « marchands du temple »), comme dans les autres évangiles… Saint Jean mentionne également les brebis, les bœufs, les agneaux et les colombes nécessaires au culte juif de l’époque ! Le culte que Jésus est venu demander, le vrai culte chrétien, ce n’est pas offrir des êtres ou des biens extérieurs à nous… bien sûr nous offrons des bougies, de l’argent et d’autres choses… mais cela ne peut se faire si nous ne nous offrons pas nous-mêmes, comme Jésus ! Sur la croix, il sera lui-même l’agneau pour le sacrifice !

3. Le carême nous invite à la conversion (« convertissez-vous et croyez à l’évangile » nous a-t-on dit le mercredi des cendres). Cette conversion nous emmène dans les pas de Jésus : offrir filialement notre obéissance au Père ; offrir notre miséricorde à nos frères et sœurs.
Sans doute, agir ainsi relève d’une certaine folie aux yeux du monde qui nous entoure !
Paul l’a bien compris, lui qui a abandonné ses certitudes de pharisien, son assurance que ses bonnes œuvres lui gagnaient l’amitié de Dieu pour choisir d’être l’apôtre d’un Messie crucifié. Scandale pour les Juifs et folie pour les Païens…
Nous-mêmes, nous pouvons faire l’expérience des moqués, raillés, parce que nous nous dérangeons pour les autres, nous aidons bénévolement, nous pardonnons… ou simplement, comme on dit parfois, « nous y croyons encore ».
Nous pouvons alors prier comme le frère Charles de Jésus (bienheureux de Foucauld).
« Mon Père, je m’abandonne à toi. Fais de moi ce qu’il te plaira. Quoique tu fasses de moi, je te remercie. Je suis prêt à tout pourvu que ta volonté se fasse en moi. Je remets mon âme entre tes mains ; je te la donne avec tout l’amour de mon cœur. Parce que je t’aime et que ce m’est un besoin d’amour de me donner, de me remettre entre tes mains sans mesure, avec une infinie confiance. »
Ainsi soit-il.

Jean-Pierre Leroy

Croire, aimer, c’est tout donner…

Homélie du 2e dimanche de carême B

1. Vendredi, le pape François s’envole pour visiter les chrétiens d’Irak. C’est justement le pays d’origine d’Abraham, que connaissent bien tous les cruciverbistes : Ur en Chaldée.
C’est à partir de là que Dieu a appelé Abram pour faire de lui le père d’une multitude de nations, Abraham. Aujourd’hui, il lui promet une descendance. Pour les peuples de l’époque, la vraie richesse était la famille : de nombreuses femmes et de nombreux enfants… sans compter les serviteurs et le bétail ! Ils étaient des prolétaires, au sens que développera Marx…
Abraham, en concluant cette alliance avec Dieu, devient le Père des croyants. 
Chrétiens, Juifs et Musulmans, nous nous reconnaissons de la lignée d’Abraham, non par la chair, mais par la foi. Saint Paul développera cette idée dans sa lettre aux Romains.

2. Pourtant, l’histoire avait mal commencé : le sacrifice d’Isaac !
A sa décharge, il faut se souvenir qu’Abraham était entouré de peuples païens dont une des pratiques était le sacrifice des enfants… pratique qui nous horrifie aujourd’hui (à juste titre!).
Abraham pense donc accomplir la volonté de Dieu en sacrifiant son Unique. Heureusement pour Isaac (et pour son père!), Dieu lui signifiera qu’il se trompe. Ce sera la fin des sacrifices humains pour le peuple de l’Alliance.
Mais Isaac est une préfiguration de Jésus.
– Comme Isaac, Jésus portera le bois du sacrifice jusqu’au sommet du Golgotha. Malheureusement pour lui, il ne se trouvera pas de bélier empêtré dans les ronces. Ce sera lui, l’agneau de Pâques, l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde et nous donne la Vie !
On peut qualifier l’Alliance entre Dieu et Abraham d’alliance vitale pour tous les humains.

– Comme Abraham, Dieu aussi a confié son fils unique… aux hommes !
Si Abraham a retrouvé son fils vivant, Dieu, lui, a laissé Jésus plonger dans les eaux de la mort.
Mais il l’a ressuscité d’entre les morts le troisième jour. C’est Paul qui l’écrit aux chrétiens de Rome : Dieu a livré son Fils pour nous tous, avec lui, il nous a tout donné. Ce qui était absurde, scandaleux, peut prendre sens…
« Croire, comme Abraham, c’est tout donner et se donner soi-même » (je me permet de paraphraser Thérèse de Lisieux)

3. Notre chemin de Carême suit celui de Jésus vers sa Passion (et sa Résurrection!)
Quand Jésus est transfiguré sur la montagne, il vient d’annoncer sa Passion à ses disciples.
Six jours auparavant, il leur dit qu’il devra souffrir, être rejeté par les Anciens et les scribes, être tué, et après trois jours ressusciter. Ça aussi, c’est un scandale pour les disciples… et devrait en être un pour nous aussi, si nous n’étions pas « habitués » à ce langage.
Comment être disciples d’un maître qui a tout raté : abandonné, livré, exécuté comme un criminel ?
Un Messie puissant, guerrier, vainqueur même… oui, mais un crucifié… qui osera ?
Il faudra du temps aux premiers chrétiens pour admettre cela, pour lui trouver du sens.
Qui oserait aujourd’hui se promener avec une guillotine autour du cou, ou un nœud de pendu au revers de sa veste ? La croix était pourtant un instrument de bourreau aussi…
La réponse nous vient du témoignage des Apôtres, Pierre, Jacques et Jean.
La transfiguration de Jésus, dont ils ont été les témoins privilégiés, est comme une apparition, du Ressuscité (n’y avait-il pas un ou deux jeunes hommes vêtus de blanc dans le tombeau vide?)
La transfiguration aidera les disciples à trouver du sens à la Passion. Certes, elle reste un profond mystère de souffrance. Mais elle est surtout un don d’amour infini : celui de Jésus.
« Aimer c’est tout donner et se donner soi-même » écrira Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face.
C’est cela le chemin de Jésus et il nous invite à mettre nos pas dans les siens !

Jean-Pierre Leroy

en Quarantaine… avec Jésus

Homélie du 1er dimanche de Carême B – 21 février 2021

Nous voici donc au désert, 40 jours avec Jésus… à moins que ce soit 40 jours avec Noé dans l’arche, pendant le déluge… Pour les premières générations de chrétiens, c’était la même chose !
Jésus, comme Noé, nous emmène pour le combat spirituel, pour lutter contre le Mal. Le point culminant de ce chemin sera la vigile pascale, lorsque, avant de proclamer la foi de notre baptême, nous renoncerons au Mal.

L’évangéliste Marc est particulièrement succinct dans sa description du séjour de Jésus au désert !
(c’est son habitude pour la plupart des récits, d’ailleurs)
Il résume quarante jours de désert en deux phrases et trois propositions :

  1. L’Esprit saint pousse Jésus au désert, juste après son baptême dans le Jourdain… tiens, ça ne vous rappelle pas le peuple hébreu ? Eux aussi, après le baptême dans la Mer rouge, ils sont partis quarante ans dans le désert du Sinaï…
  2. Pendant quarante jours, Jésus est tenté par Satan…
  3. Dans le désert, il a pour « compagnons » les bêtes sauvages et les anges…

Reprenons ces trois propositions un peu plus en détail…

  1. Depuis un an, nous allons de désert en désert, de confinement en déconfinement, au gré des mesures de sécurité sanitaire. Ce passage au désert nous est imposé par la Loi et les circonstances : la pandémie.
    Mais le désert où Jésus nous emmène, c’est autre chose. Nous y allons en réponse à l’appel de l’Esprit saint. Et nous répondons librement à cet appel. Cette année, comme chaque année, il y aura des baptisés qui vivront avec nous le carême… et d’autres qui vivront sans y faire attention !
    Le baptême, écrit Saint Pierre, ce n’est pas être purifié de souillures extérieures, mais s’engager envers Dieu avec une conscience droite. Notre carême, ce n’est pas non plus une affaire de souillures extérieures… mais un engagement que nous prenons envers Dieu de tout notre cœur, et en toute conscience !

  2. Quarante jours (une quarantaine donc ; quadragésime disaient les Latins… carême!)
    Dans la Bible ,c’est le nombre des préparations, des conversions, des purifications.
    Il a bien fallu quarante jours de déluge pour purifier la terre, la libérer de ceux qui faisaient le mal… et la recréer avec Noé et sa famille, et toutes les familles animales emmenées dans l’arche. Dommage pour la licorne, qui d’après la chanson, avait oublié l’heure de l’embarquement !
    Il nous faudra bien quarante jours, nous aussi, pour nous libérer des entraves qui nous empêchent d’être totalement libres. Or nous sommes enfants de Dieu, libérés par lui lors de notre baptême. Mais il nous faut bien prendre du temps, chaque année, chaque semaine, et même chaque jour… pour laisser cette libération atteindre tout notre être, toute notre vie. Nous avons tant d’habitudes, de protections, de défenses…
    Pour y arriver, nous avons toujours la prière (nous ouvrir à Dieu dans le silence, ou en écoutant sa Parole), le jeûne (pas d’abord se priver de nourriture, mais peut-être d’autres choses que nous consommons trop, et qui nous empêche de laisser la place aux autres et à Dieu ! Il y a tant de choses dont nous devons nous priver depuis le temps de la pandémie… jeûner, c’est autre chose), enfin le partage (avec nos proches mais aussi les chrétiens du Tiers monde, particulièrement cette année la République démocratique du Congo, avec Entraide et Fraternité).

  3. Au désert, Jésus se trouve avec les bêtes sauvages et les anges le servent. C’est loin d’être une anecdote !
    Cette année, les premières lectures nous ferons revisiter les grandes Alliances de l’ancien Testament qui préparent l’Alliance conclue par Jésus sur la Croix. La première lecture d’aujourd’hui concerne Noé, après le déluge. C’est une alliance cosmique, elle lie Dieu avec toutes ses créatures : « aucun être de chair ne sera plus détruit par le déluge ! » Le Pape François nous a « replongés dans cette Alliance par son encyclique « Laudato sí » où il prône une « écologie intégrale ». N’oublions pas que certains « ultra » écologistes accusent les humains de tous les maux et les répertorient comme « créature de trop » en ce monde… alors que le projet de Dieu est une harmonie. Isaïe la décrit… Marc aussi en précisant que Jésus est au désert avec les « bêtes sauvages ». Les anges, messagers de Dieu, sont là pour nous rappeler que l’Alliance avec Noé lie Dieu avec les hommes et toutes les créatures. Ce qui est sûr, c’est que l’homme est capable de détruire la terre : nous le savons depuis Hiroshima ! Et les dérèglements climatiques actuels en rajoutent une couche !
    Ce dont nous pouvons être sûrs également, c’est que le Salut nous est garanti : « Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive ! »
    En vivant librement et intensément ce Carême, collaborons à la réalisation de ce salut : le Royaume est proche, et Dieu nous fait confiance, comme autrefois il a fait confiance à Noé et sa famille pour recréer la Terre et ses habitants.

Bon carême à tou.te.s !

Jean-Pierre Leroy