Souviens-toi… du désert…

Il y a quelques mois, aucun.e d’entre nous n’avait imaginé que nous serions confinés… trois mois !  La plupart d’entre nous n’avait jamais connu cela.

Pendant ce temps, nous avons fait au moins deux constats :
1. Nous avons besoin les uns des autres : les grands parents de leurs petits enfants (et beaucoup en ont été privés!) ; les malades avec les soignants, mais aussi leur famille, interdite de visites!) N’est-ce pas cela que Saint Paul traduit en nous disant que « nous sommes un seul corps » ? Bien sûr, il parle de l’Église, de la communauté des chrétiens, à travers l’espace et l’histoire. Mais cela se vit également dans la communauté humaine, la société.
2. Manger le corps « eucharistique » du Christ : voilà notre nourriture, la source de notre vie chrétienne… et elle nous a manqué, l’eucharistie, la communion au Corps et au Sang du Christ.

« Nous avons tous part au même pain », continue Saint Paul… « c’est la chair de Jésus, donnée pour la vie du monde » lui répond Saint Jean.

Pendant trois mois,

depuis le 14 mars jusqu’à aujourd’hui, nous avons traversé le désert, comme les Hébreux l’ont fait, quarante ans, sous la conduite de Moïse. Comme eux nous avons souffert de la faim et de nos pauvretés.  Espérant chaque jour que ça allait bientôt finir !

« Souviens-toi de ta longue marche au désert » nous ne pouvons pas l’oublier, mais la garder, la ruminer, en tirer la sève : « le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire connaître ta pauvreté… il voulait savoir ce que tu avais dans le cœur » Ah oui, il a dû savoir ce que nous avions dans le cœur ! Nous avons connu la pauvreté et la faim spirituelles.

1. Loin de nos églises et des messes auxquelles nous étions peut-être trop « routiniers », loin des oignons et des concombres d’Égypte, nous avons dû nous habituer à la Manne, nous recentrer sur la Parole de Dieu écoutée (à travers les divers médias à notre disposition) ou lue, dans le secret de nos salons, de nos bureaux ou de notre chambre. Mais beaucoup ont développé aussi la fraternité, la solidarité, entre eux et avec ceux qui étaient plongés dans leurs problèmes…

2. Si la communion, les célébrations liturgiques, nous ont « manqué » n’est-ce pas parce que nous y recevons le « vrai pain qui vient du ciel » : « celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi je demeure en lui ».

Il y a huit siècles,

une femme, une liégeoise originaire de Retinne a eu l’intuition de la Fête-Dieu que nous célébrons aujourd’hui. Julienne de Cornillon, car elle fût prieure de la léproserie de Cornillon, au pied de la côte qui mène à Robermont. Julienne a vécu aussi la « traversée du désert » : celui de l’incompréhension, de la suspicion. Traitée de folle, accusée de vol, même (soi-disant, pour promouvoir la Fête-Dieu, elle aurait vidé les caisses de la léproserie). Mais elle a tenu bon : Jésus demeurait en elle et elle en Lui !
C’est en 1246 que l’on célèbre pour la première fois la Fête-Dieu : à Liège, dans la collégiale Saint Martin. Parce que vivait là une « recluse ». La bienheureuse Eve de Saint Martin avait choisi de se retirer dans une petite pièce attenante à l’église, pour prier et demeurer proche de Dieu. Elle ne sortait pas, volontairement ; mais elle recevait beaucoup de monde, écoutait, accompagnait, priait.
Sainte Julienne était de celles qui la consultaient. Elle l’a beaucoup aidée dans son « parcours du combattant ».

Et nous, qu’avons-nous découvert…

…pendant ce confinement que nous n’avions pas choisi, ni même espéré ? Alors que nous progressons à pas feutrés dans le « déconfinement progressif » (notre rassemblement aujourd’hui en est un signe!), qu’est-ce qui remonte de cette « mise à l’épreuve » que nous avons vécue… plus ou moins bien ?

Prenons un peu de notre temps pour nous souvenir, pour y goûter…

Peut-être la faim de Dieu nous a-t-elle gagnés ?

Alors, goûtons avec délices le Pain de Vie qui nous est donné à nouveau : c’est Jésus, le Pain vivant descendu du Ciel. C’est Jésus, Dieu lui-même, qui vient jusqu’à nous. Ouvrons-lui grand les portes de notre cœur, de notre vie ! Amen.

Jean-Pierre Leroy
Fête Dieu, saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, 14 juin 2020

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