Orphelins ? … Non !

Dixième dimanche de confinement, sans rassemblement de l’Église pour l’eucharistie… qui pouvait l’imaginer ? Sur les réseaux sociaux, et même sur Vivacité, des chrétiens s’impatientent : à quand le déconfinement des eucharisties ?
« Nous nous sentons comme orphelins » disent-ils, « abandonnés, privés de nourriture » !
Comme le peuple de Dieu au désert, certains en ont marre de la Manne informatique, des messes en « live » ; il faut se réjouir toutefois des initiatives en tous sens, qui fleurissent dans les nouveaux média (et les anciens aussi) pour soutenir la prière des chrétiens, les nourrir de la Parole de Dieu… tant de (petits) moyens pour garder le contact avec une communauté et surtout avec Jésus ! Lui seul peut transfigurer nos (petits) moyens en un grand amour, en une communion réelle et spirituelle.
Au fond, les disciples, flairant la mort prochaine de Jésus, et nous mêmes, confinés depuis si longtemps, noous nous demandons « qu’allons-nous devenir ? » « Pouvons-nous vivre sans Lui ? »

Aux disciples effrayés de son départ prochain, Jésus fait une PROMESSE : elle est pour nous aussi aujourd’hui : « Je vais vous envoyer un autre Défenseur, qui sera toujours avec vous : l’Esprit de Vérité »

« Il demeure (déjà) auprès de vous, il sera avec vous toujours ! »

Dans deux semaines, au terme de la cinquantaine pascale, lors de la fête du même nom (Pentecôte = 50),
nous commémorerons le Don de Dieu aux apôtres : l’Esprit Saint qui les fait sortir du Cénacle et proclamer le Christ au monde entier. La première lecture nous parlait déjà d’une Pentecôte : celle des Samaritains, par l’imposition des mains de Pierre et Jean. Nous aussi, nous avons reçu l’Esprit par l’imposition des mains lors de notre baptême et, plus encore, lors de notre confirmation.

Vous êtes-vous demandé pourquoi les Samaritains a accueilli la Parole de Dieu et reçu l’Esprit saint ?
Parce que Philippe y a proclamé le Christ : c’est cette proclamation qui ouvre les oreilles des Samaritains à la Parole de Dieu, et cette Parole change leur cœur, les tourne vers Jésus pour accueillir le baptême.

Aujourd’hui, nous sommes appelés à la suite de Philippe pour proclamer le Christ. Par nos paroles, sûrement. Mais aussi, et peut-être avant tout, par nos actions : « rendez compte de l’espérance qui est en vous » nous conseillait Pierre dans le 2e lecture, « en ayant une bonne conduite dans le Seigneur ; en faisant le bien plus que le mal ». Nos « bonnes actions », particulièrement en ce temps de jeûne eucharistique prolongé, attesteront de notre « bonne foi » célébrée le dimanche, à la messe !

Quelle est la BONNE NOUVELLE de ce dimanche ?

1. Nous ne sommes pas orphelins ! Nous avons en nous l’Esprit de Jésus, pour toujours. C’est cet Esprit qui a porté les chrétiens persécutés au long des siècles ; et encore aujourd’hui dans tant de régions du monde… dans un silence médiatique parfois assourdissant… mais l’Esprit veille à leurs côtés. Cet Esprit-là nousportera nous aussi, le temps nécessaire pour que ce confinement qui nous pèse atteigne son objectif : vaincre la pandémie, et surtout sauver des vies !

2. Si nous ne pouvons rencontrer Jésus en communiant à con Pain de vie (lors des eucharisties), nous pouvons vivre la « communion spirituelle » à laquelle le pape François nous a conviés, au début de la pandémie et de la suspension des offices religieux. La télévision et les autres média nous tiennent en communion spirituelle avec l’Église dans son ensemble. Mais nous pouvons aussi rencontrer Jésus dans les frères qu’il met sur notre route (cf. Mathieu, 25). Nos retrouvailles familiales, cette semaine, n’ont-elles pas été de belles rencontres avec autrui, avec nos proches ? Un coup de fil, un coup de main à une personne isolée de notre voisinage ? L’aide alimentaire apportée par notre conférence de Saint Vincent de Paul à tant de familles dans le besoin ? Tout cela n’est-ce pas de vraies rencontres avec le Christ vivant, à côté de nous, en nous ?

3. Si l’apôtre nous demande de rendre compte de l’espérance qui est en nous, il nous recommande de le faire « avec douceur et respect ». Certains chrétiens s’offusquent de ce que leur culte passe après le reste : « serons-nous les oubliés du déconfinement ? ». C’est vrai, je l’ai constaté à la radio cette semaine, on ne parle guère du rétablissement du culte public… mais des salons de tatouage (!) et des prostituées… (pour les prostituées, Jésus nous avait prévenus « elles seront avant vous dans le Royaume »!). Impression d’être comptés pour rien, ou pas grand-chose… d’être un secteur « non-essentiel » alors que nous faisons personnellement l’expérience du contraire !
Notre patience dans cette épreuve, je le crois, peut être un signe fort de notre attachement à Jésus, au-delà des signes sensibles auxquels nous étions habitués… mais qui étaient devenus – peut-être – des routines.

Si cette épreuve nous fait sortir de la routine, elle ne sera pas un piège, mais une grâce, un vrai cadeau !  Ainsi soit-il.

Jean-Pierre Leroy
(homélie pour le 6e dimanche de Pâques (A)

2 réflexions sur “Orphelins ? … Non !

  1. Anne-Elisabeth

    Très belle et nourrissante homélie, cher Monsieur le doyen ! J’apprécie notamment votre allusion à la manne « informatique » qui ne nourrit qu’à moitié, mais aussi et particulièrement votre invitation à une vie spirituelle et fraternelle renforcée. Merci beaucoup !

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