Pas de matin de Pâques sans vendredi saint…

Une croix… des oeufs de Pâques suspendus à un arbre…  Dans une seule image, c’est un paradoxe,
le voisinage de la vie et de la mort. En quelque sorte, nous contemplons là tout le mystère de Pâques !

Quand Jésus annonce aux apôtres que « le Fils de l’homme doit beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les grand-prêtres et les scribes, être tué et, après trois jours, ressusciter1 », Pierre le prend à part pour lui faire des reproches : « Dieu t’en préserve, Seigneur ! Non, cela ne t’arrivera point !2 »

Cette réaction lui vaudra un cuisant reproche : « Passe derrière-moi, Satan (tentateur) ! Tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ! »

C’est dire que depuis le début, les premiers disciples, les souffrances du Messie provoquent chez le croyant une forme d’aversion, de refus. Et c’est bien naturel : qui d’entre nous souhaite des souffrances à ses proches ou espère souffrir lui-même ? Pierre ne pouvait pas imaginer la mort de Jésus, encore moins qu’il soit condamné à mort et exécuté comme un bandit…

Le mal, le malheur nous font horreur à juste titre. Jésus lui-même mettra toute son énergie à soulager le mal et la souffrance des malades, des possédés qu’il rencontre. A sa suite, les chrétiens mettrons en place bien des structures pour accueillir et soulager les malades (hopitaux, homes, dispensaires, etc…), ils retrousseront leurs manches lors des grandes épidémies, parfois au prix de leur vie. Je pense à Mère Teresa qui, à Calcutta, ramassait les mourants dans la rue pour leur offrir une « mort humaine », dans sa maison, mais aussi à tant de religieuses au service des malades dans nos cliniques, nos villages et nos quartier… il n’y a pas si longtemps. Le combat contre la souffrance fait partie de l’ADN de l’Église, sous toutes les lattitudes !

A Noé, Dieu avait promis de ne plus provoquer le déluge qui avait ravagé la terre entière.
Aux prophètes, il avait déclaré qu’il ne voulait pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive !

Mais voilà la dure réalité : toute vie conduit à la mort et, bien souvent, la maladie et la souffrance sont au rendez-vous. Dieu aurait pu tirer son épingle du jeu, il aurait pu envoyer ses anges pour que son fils échappe à la mort… mais à cette tentation, Jésus déjà avait résisté au désert 3

Dieu a voulu « jouer le jeu » jusqu’au bout, il a tout épousé de notre condition humaine, jusqu’au rejet, à la trahison, à la souffrance et à la mort. La Passion de Jésus, c’est l’engagement de Dieu aux côtés de tous les souffrants oubliés, les petits abusés et humiliés, les étrangers rejetés, les mourants abandonnés. C’est tous ceux-là que nous portons lors des chemins de croix.

Mais la fête de Pâques est d’abord une victoire, une promesse !

Au titre de cet édito, il faudrait répondre :

« pas de vendredi saint sans matin de Pâques » !

La bonne Nouvelle qui sera proclamée dans la nuit et au matin de Pâques, c’est bien celle-là.

Dieu n’a pas abandonné son fils à la mort. Il ne nous abandonne pas non plus.

Sur la photo de couverture, les oeufs de Pâques ne masquent pas la croix, parce qu’elle fait partie de l’histoire, celle de Jésus, celle de l’humanité, la nôtre. Mais les oeufs, signes de renouveau, de vie qui (re)commence, sont au premier plan.

Ces oeufs sont comme des graines de libération, de soulagement, de guérison, en un mot, de VIE !

Mais ce ne sont encore que des graines : la chaleur de notre amour fraternel, la force de notre espérance et le murmure de notre foi pourront les faire éclore autour de nous et pour nous.

Bonne fête de Pâques à tou(te)s !

Jean-Pierre Leroy, curé

1Marc, 8, 31

2Matthieu, 16, 22-23

3Matthieu, 3, 6-7

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